Sayna, une entreprise sociale africaine créatrice de talents

Matina Razafimahefa

Matina Razafimahefa est une jeune entrepreneure et franco-malgache au parcours peu commun. En parallèle de ses activités professionnelles et de ses aller-retour Madagascar- France, elle poursuit ses études de sciences politiques à la Sorbonne.

Pouvez-vous vous présentez en quelques minutes ?

« Je m’appelle Matina Razafimahefa, j’ai 20 ans et je suis étudiante en L2 science politique à la Sorbonne. Je suis aussi entrepreneure sociale. Si je devais me décrire en 3 mots je dirai que je suis quelqu’un de folle, ambitieuse et empathique. »

Qu’est-ce qu’un entrepreneur social ?

« C’est une personne qui créée une boite cherchant une rentabilité financière tout en ayant un impact social important ou environnementale. »

Quelles sont les activités de votre entreprise ?

« J’ai créé Sayna en 2017, début des activités en février-mars. A Sayna nous formons des jeunes malgaches qui viennent de milieux défavorisés au métier de développeur. Ils sont formés pendant 4 mois et ensuite on les place dans des entreprises.  Ses entreprises nous payent pour les formés puis les recrutés. Nous avons pour objectif de former 10 000 digital workers : des Data Scientist, des designers, des community managers, etc. »

Comment l’idée de créer cette boite vous est venu ?

« J’ai grandi à Madagascar, j’ai été confrontée à la pauvreté. Mon père est médecin et ma mère ingénieure donc je viens d’un milieu aisé. La crise politique ne nous a pas épargné, on vivait du bétail qu’on avait dans notre jardin. On est parti en France où j’ai fait sport études pendant 4 ans, c’était une période de ma vie ou j’étais très centrée. En sortant de là, je suis rentrée au lycée public. J’ai été bouleversée par la qualité de l’école gratuite, même si l’éducation nationale n’est pas parfaite, tu sais faire des choses à la fin et je me suis dit pourquoi il n’y a pas ça à Madagascar ? Je voulais créer un business modèle qui durera et c’est pour cela que je me suis lancée dans l’entrepreneuriat social. »

Êtes-vous seule à gérer votre start-up ?

« Aujourd’hui je travaille avec ma mère, elle est mon associée. Elle a travaillé pour la DFP à Madagascar en 2002, c’était un centre de formation en informatique. Elle a formé plus de 100 ingénieurs informaticiens avec des certifications internationales comme Cisco. Mais le problème c’est que l’écosystème n’a pas absorbé, beaucoup partaient à l’étranger. Aujourd’hui, au-delà de former des jeunes et de répondre aux besoins digitaux des entreprises, on leurs demande de faire un impact social plus qu’une politique RSE (politiques mises en place par les entreprises dans le but de respecter les principes du développement durable). Vous êtes là dans l’écosystème, vous faites de l’argent. Il est temps de rendre à l’écosystème ce qu’il vous apporte et faire de votre entreprise une véritable vision sociale. »

Quelle est votre mission pour créer un véritable écosystème malgache ?

« Notre mission est aussi d’accompagner les entreprises dans cette direction. Il y a beaucoup de discours social, de social branding avec les entreprises, c’est comme ça qu’on les convainc. On veut vraiment répondre aux besoins digitaux, mais aussi dire aux entreprises, il faut que vous investissiez dans les ressources humaines à Madagascar et dans la formation puisque demain votre entreprise existera grâce à ces jeunes-là.»

Quelles sont les raisons de votre venu à Maurice ?

« Ma start up a gagné le prix de la meilleure entreprise sociale à Madagascar décerné par l’organisation internationale de la francophonie et donc j’ai été invité par l’OIF à venir à Maurice pour découvrir l’écosystème entrepreneurial, rencontrer de nouveaux clients ou partenaires, ce qu’on peut apprendre de Maurice, comment on peut s’en inspirer pour le rapporter à Madagascar et pouvoir créer une atmosphère de collaboration dans l’Océan Indien.»

Et comment avez-vous entendu parler de Mauritius Start Up Incubator ?

« C’est la turbine qui s’est occupée de mon voyage et qui m’a mis en contact avec Nicolas Goldstein le fondateur de MSI. Je souhaitais lors de ma visite rencontrer les personnes de la tech.
Ce que j’aime beaucoup avec l’écosystème mauricien c’est que toutes les choses que j’avais en tête pour lesquelles on m’a dit « tu ne pourras pas le faire » les entreprises mauriciennes nous demandent de le faire. »

Avez-vous d’autres des projets pour l’avenir ?

« Nous aimerions créer nos filières dans d’autres pays africains où nous avons des opportunités, et notamment ici à Maurice mais on y va step by step, de construire nos acquis même si on ne prend jamais rien pour acquis mais d’avoir des choses sur lesquels on peut se baser qui sont stables et solides. A Madagascar nous avons déjà recruté notre prochaine session d’étudiants. »

A l’issu de sa semaine Mauricienne, Matina nous confiait qu’à l’avenir elle pourrait être très intéressée par des collaborations avec des entreprises mauricienne pour des projets portant sur du long terme. Talenteum, branche de Mauritius start-up Incubator qui a pour activité de sourcer et de former des talents africains pour des entreprises a particulièrement retenu son attention de par la complémentarité de ses deux start-ups qui pourraient à l’avenir travailler sur des projets communs ou peut-être même discuter d’un futur  partenariat.